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RdplTchad

Un Parti Politique du Centre Gauche qui propose aux tchadiens un "Pacte Social" en vue de ramener le Tchad au niveau et à la place qu’il mérite.

mardi 24 juin 2008

400 milliards de dollars ont été détournés d’Afrique depuis trente ans .

A propos de la fortune de Bongo, Sassou, Obiang, Compaoré et Cie « 400 milliards de dollars ont été détournés d’Afrique depuis trente ans »
DOUALA - Philippe Bernard, Journaliste au Monde

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La première question qui nous vient à l’esprit est qu’en menant cette enquête, quels sont les résultats auxquels vous avez abouti ?

Les principaux résultats auxquels j’ai abouti résultent, non pas d’une enquête que j’ai menée moi-même de bout en bout, mais de la connaissance que j’ai pu avoir d’une enquête de police. Celle-ci a été effectuée en France suite à une plainte de trois associations à propos de ce qu’elles appellent « les biens mal acquis par certains présidents africains ». Cette enquête a essentiellement permis de révéler la composition du patrimoine immobilier en France que possèdent les présidents gabonais et congolais (Congo Brazzaville). Ce patrimoine est composé d’immeubles situés dans les quartiers les plus riches de Paris. L’enquête a aussi révélé l’existence d’une impressionnante flotte d’automobiles de luxe et de très nombreux comptes bancaires.

La plainte déposée en mars 2007 visait le délit de « recel de détournement d’argent public » commis en France, autrement dit le fait d’avoir détenu des sommes d’argent détournées de budgets d’Etat. C’est l’enquête de police ouverte à la mi-mars 2007 qui a permis de connaître la composition de ces patrimoines. Les policiers ont fait avec leurs moyens, un travail exhaustif que des journalistes n’avaient fait que partiellement jusque là.

A l’origine, il y a eu une plainte déposée par des associations françaises désireuses de dénoncer ce qu’elles appellent « la dilapidation des richesses africaines », notamment une association regroupant des immigrés congolais. A la surprise générale, cette plainte n’a pas été classée immédiatement mais elle a donné lieu à une enquête de police. Le magistrat qui a demandé cette enquête à la police a pris cette décision quelques semaines après l’élection de Nicolas Sarkozy. Beaucoup d’observateurs ont fait le lien avec l’arrivée à l’Elysée du nouveau président. Ils ont cru voir dans l’ouverture de l’enquête un signe de changement de la politique africaine de

la France. Ce

lien n’a rien d’évident parce que le président de

la République

ne fait pas la pluie et le beau temps dans la justice. D’ailleurs, une fois l’enquête de police faite, le juge a décidé, en novembre, que le délit n’était pas constitué et il a classé le dossier « sans suite ».

Pour ma part, j’ai cherché à connaître le contenu de cette enquête de police. Une fois que j’en ai eu connaissance, j’ai d’abord voulu vérifier l’authenticité de ces informations pour éviter d’être manipulé. Ensuite, j’ai du mettre de l’ordre dans ces informations très volumineuses, générant plusieurs dizaines de pages de notes. Il m’a fallu aussi vérifier un certain nombre de détails sur les dates et les personnes citées afin d’aboutir à une information en béton. Sur un sujet propice à polémique, on ne peut se permettre de faire la moindre erreur, même sur l’orthographe d’un prénom. Ce travail s’est étalé sur plusieurs mois.

Après avoir publié les résultats de cette enquête, on a observé un certain nombre de conséquences. D’abord dans

la France

institutionnelle, si on peut le dire, avec le limogeage de ministres, selon certains observateurs. Ensuite au Gabon où la classe politique au pouvoir s’est fortement agitée. Qu’est-ce qui explique cette agitation là ? Est-ce que les récriminations faites par le parti au pouvoir au Gabon vous paraissent fondées ? Et d’autre part, comment comprendre cette attitude dans une France qui est considérée comme un pays des libertés et de démocratie ?

La France

est un pays de libertés en ce sens qu’il y a des gens qui ont pu porter plainte et un juge qui a pu déclencher une enquête, qu’il y a une presse qui a pu en rendre compte, qu’il y a une liberté d’expression pour le débat qui a suivi. Il se trouve qu’en ce moment, un certain nombre de forces sociales aussi bien en Europe qu’en Afrique réclament des informations de ce genre. Elles veulent en finir avec l’opacité. Même les journalistes écarquillent les yeux quand des responsables de pays très pauvres les reçoivent à Paris dans des lieux d’un luxe inouï. Mais l’essentiel est que des associations de défense des droits de l’Homme et des associations d’émigrés, estiment qu’il y a un lien entre ces détournements d’argent et le manque de liberté qui existe dans certains pays d’Afrique. Elles pensent également que si

la France

veut continuer d’incarner les droits de l’homme et la justice, elle doit apprendre à dire des choses à ce sujet.

Il s’est trouvé que, parallèlement à ce bouillonnement associatif, Jean-Marie Bockel, alors secrétaire d’Etat à

la Coopération

, a donné, en janvier dernier, une interview au Monde dans laquelle il a dit vouloir « signer l’acte de décès de

la Françafrique

», autrement dit des relations opaques et suspectes entre le continent et Paris. Il s’est interrogé en ces termes : « sur 100 milliards de dollars annuels d'aide pour l'Afrique, 30 milliards s'évaporent. Certains pays ont d'importantes ressources pétrolières, mais leur population n'en bénéficie pas. Est-il légitime que notre aide soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources ? » Ces déclarations ont suscité la colère de M. Bongo. Au moment du remaniement ministériel qui, au mois de mars, a suivi l’élection municipale en France, M. Bockel a été écarté du secrétariat d’Etat à la coopération pour être rétrogradé aux « anciens combattants ». Cette mise à l’écart n’a rien à voir avec mon enquête mais avec ses propres déclarations.

Est-ce que le fait que la procédure d’enquête initiée par la plainte des associations se soit arrêtée au niveau de la justice d’une part, et que d’autre part on ait quand même constaté quelques secousses, ne confirme pas que

la France-Afrique

reste tout de même une réalité bien vivante ?


La réaction publique du Gabon n’est venue que plusieurs semaines après, au moment où, début mars, le journal télévisé de 20h de France

2 a

repris les informations du Monde à propos de l’enquête de police. La mise à l’écart de M. Bockel est intervenue peu après. De là à dire, comme on a pu le faire, que c’est M. Bongo qui a eu la tête de Jean Marie Bockel.

Bien sûr, on peut le penser, mais il faut aussi tenir compte du fait que M. Bockel est entré dans un gouvernement de droite alors qu’il appartenait au parti socialiste. Il fait partie de ces « ministres d’ouverture » choisis par M. Sarkozy. Cela ne plaisait pas à tout le monde à droite. D’autres personnalités réclamaient des postes. Il est probable que les pressions du Gabon ont joué. Mais, ce n’est pas forcément la seule raison.

Est-ce qu’avec ce scénario cela ne confirme pas le fait qu’il y ait certains liens entre

la France

institutionnelle et ces dictateurs au pouvoir en Afrique qui appauvrissent leurs peuples au profit, peut-être, de votre pays ? Est-ce que cela ne confirme pas le fait que ces liens sont plus réels que jamais, contrairement aux déclarations de Sarkozy quand il prenait son pouvoir ? Autrement dit, de quel poids pèse M. Bongo dans la politique française, et dans la politique française de l’Afrique ?


Cela jette en tout cas un doute sur la « rupture » annoncée par M. Sarkozy. Mais la réalité est sans doute plus complexe : les rapports de M. Sarkozy avec l’Afrique ne sont pas les mêmes que celles qu’entretenait M. Chirac. M. Sarkozy n’a pas l’attirance que pouvait avoir M. Chirac pour l’Afrique, ni surtout l’ancienneté de liens personnels avec des dirigeants africains. Mais les intérêts économiques n’ont évidemment pas changé. Et on sait, par exemple, combien sont proches MM. Sarkozy et Bolloré, qui a de nombreux intérêts sur le continent.

Quant à Omar Bongo, c’est plus compliqué encore parce qu’il est considéré depuis des décennies comme un pivot de la politique française en Afrique. Il jouit d’un grand prestige auprès de nombre de ses homologues sur le continent, il est souvent intervenu dans les conflits, il effectue des médiations entre des chefs d’Etat africains. Donc à Paris, on pense, à tort ou à raison, que c’est un bon missionnaire de l’Etat français en Afrique car il défend les positions françaises.

Est-ce que ce n’est justement pour cette raison que la justice française a stoppé l’évolution de l’enquête ?

Je ne peux pas donner de réponse précise à cela. Je n’ai pas de preuve qu’il y a eu des pressions. Ce qui est vrai est qu’en France, le parquet, c’est-à-dire les magistrats qui décident d’ouvrir ou non les informations, sont sous la tutelle du ministère de

la Justice. Mais

sur le plan strictement juridique, le magistrat qui a pris la décision d’arrêter l’enquête avait aussi des arguments pour classer le dossier.

Pour lui, il fallait apporter la preuve que tous ces biens qu’on a répertoriés viennent de l’argent public. Le magistrat a estimé que l’enquête n’apportait pas cette preuve-là. Ceci dit, ce dossier n’est probablement pas terminé. Il semble qu’une autre plainte soit en préparation par la voie de la « constitution de partie civile » dans laquelle le parquet est obligé de saisir un juge d’instruction et donc d’ouvrir une information. Mais pour être recevables dans ce cas, il faut que les plaignants prouvent qu’ils ont un intérêt personnel à agir. Des actions de ce genre, ouvertes par des contribuables qui estiment que leur argent a été mal utilisé, ont déjà prospéré en France contre certains hommes politiques.

Ne pense-vous pas que ce dossier pouvait connaître le même sort que l’affaire Elf, avec toujours messieurs Sassou Nguesso et Omar Bongo ?

Je ne suis pas spécialiste de l’affaire Elf. Mais, cela me semble assez différent. Parce qu’aucune société française n’est directement impliquée. Ce sont des chefs d’Etat amis de
la France. D’un point de vue strictement économique, le problème est non seulement que cet argent est détourné, mais qu’il n’est pas utilisé à des fins productives. Même en ayant été détourné, il pourrait servir à faire des usines, des plantations, à faire travailler des gens en Afrique.

Au total, selon l’Onu, 400 milliards de dollars ont été détournés d’Afrique depuis trente ans. Cet argent, non seulement est souvent envoyé à l’étranger, mais il est investi dans des choses tout à fait improductives, comme des immeubles, des voitures, etc. Le même phénomène de détournement de fonds publics existe en Asie, avec des chefs d’Etats qui s’approprient des sommes faramineuses. Mais souvent ils investissent dans leurs pays. Bien sûr, cela n’enlève pas le problème des détournements. Mais, au moins cela a un impact économique sur le pays.

Pour ce qui est du dossier du journal Le Monde sur le Gabon et le Congo, est-ce qu’on peut s’attendre à ce type d’enquête sur les pays voisins notamment sur le Cameroun ?

Ce type d’enquête est possible parce que dans les pays concernés, il y a des gens dans la société civile, des journalistes aussi, des Ong qui font leur travail et veulent le communiquer. Je ne vois pas pourquoi ce travail en parallèle des professionnels de l’information et de la société civile ne serait pas possible dans d’autres pays autres que le Gabon et le Congo.

Est-ce qu’il y a des chantiers sur lesquels vous êtes en train de travailler ? Est-ce que le Cameroun figure dans ces chantiers ?

Non, pas spécialement. Mais je sais qu’au Cameroun la corruption est un problème. Ce n’est pas un mystère puisque c’est la une des journaux presque tous les jours. Dans votre pays, c’est LE sujet d’actualité. Dans d’autres pays, ce n’est pas aussi évident, parce que les autorités n’acceptent pas d’aborder ces questions-là.

En parlant un peu de votre journal, il vient d’y avoir trois grèves en un mois. Cela pose un réel problème. Le Monde est-il en train de s’éteindre ? Qu’est-ce qui se passe ? Et puis, est-ce que la presse écrite a encore un avenir ?

C’est un vaste sujet et c’est quelque chose de très préoccupant pour nous. J’ai toujours travaillé dans la presse écrite, et je pense qu’elle a un avenir. En France, le problème c’est que les ventes de tous les quotidiens nationaux payants sont en baisse. Et cela essentiellement à cause de la concurrence de l’Internet et des nouveaux journaux gratuits qui sont uniquement financés par la publicité. Sans doute aussi parce que le contenu rédactionnel n’est pas suffisamment adapté au mode de vie et aux préoccupations des gens.

Le problème s’est aggravé par le fait que les recettes publicitaires se transfèrent de plus en plus du journal papier vers l’Internet. Nous avons par exemple perdu tout le marché des annonces d’emplois. Les recettes publicitaires en quelques années sont passées de 40% à 20% de nos recettes. En ce qui concerne spécifiquement Le Monde, on a une espèce de trésor à préserver. En France, nous sommes le dernier journal à ne pas être contrôlé par un industriel ou un grand groupe financier. Mais, qui est encore contrôlé par sa rédaction elle-même. Notre rédaction détient une minorité de blocage du capital qui fait par exemple que la désignation du directeur ne peut pas être décidée sans elle. C’est quelque chose à laquelle nous sommes terriblement attachés. Le jour où nous serons rachetés par un industriel qui sera tenté de peser sur ce que nous écrivons pour protéger ses intérêts, nous aurons perdu notre indépendance.

Mais si nous voulons rester indépendants, il faut revenir à l’équilibre financier. La direction actuelle, que nous avons élue il y a quelques mois, nous dit que cet équilibre financier passe par 129 licenciements. Cela crée beaucoup d’émotion.

Et puis il y a un autre problème c’est celui du partage du travail entre le journal papier et l’internet. Il y a dans notre journal, deux rédactions complètement séparées. D’un côté la « rédaction papier », avec des journalistes très spécialisés, c’est la tradition du Monde. Et puis il y a à côté la rédaction Internet qui est beaucoup plus jeune, où les gens sont beaucoup plus polyvalents et beaucoup moins nombreux. Or l’activité Internet appartient à une société qui est une filiale dont Le Monde ne contrôle pas la totalité, et dont Lagardère (patron de Paris Match, Europe 1, etc.) possède le tiers du capital. C’est une activité dans laquelle il faut investir constamment et le journal seul n’en a pas les moyens. Pour l’instant, le site Internet utilise tout le contenu du journal en échange d’une somme que nous, à la rédaction « papier », nous estimons insuffisante. Il y a un conflit là-dessus d’autant plus crucial que le site Internet du journal Le Monde est le premier site Internet d’information en France.

Est-ce que l’indépendance de la presse écrite n’est pas menacée dans ce contexte là ?

On peut le craindre. La presse écrite en France est faible économiquement par rapport à d’autres pays comparables. Le tirage des principaux journaux français est très bas par rapport aux journaux allemands, anglais ou espagnols. Le Monde vend 400 000 exemplaires. En Angleterre où la population est pratiquement identique à celle de la France, il y plusieurs journaux qui vendent plus d'un million d'exemplaires. En France, il n'en existe aucun.

 

 

Le messager

 

 

Posté par RdplTchad à 23:54 - Analyse &Investigation - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

La France est très impliquée dans le pillage de l´Afrique...

Et ce n´est pas étonnant que sa presse ne vaut pas un iota et périclite car on y ment comme on respire; par ailleurs, le pouvoir en France fait taire tous les scandales et les jugements d´opinion publique pouvant remettre en cause ce fructueux margoulinage. Après tout, c´est la France qui en profite si des sommes énormes sont secrètement couchées dans ses banques ou servent à des investissements d´immobiliers appartenant à des étrangers (entendez escrocs africains et leurs pairs francais). Les publications en Allemagne, par exemple, sont plus critiques et plus fondées sur la recherche de la vérité et de ses facettes; par contre en France on abreuve ses citoyens avec des histoires à dormir debout qui cachent bien souvent la vérité plutôt qu´elles ne l´éclairent. Et tout le monde parle de culture et de pays de droits des hommes...! Sournoisement, en francafricains endurcis, on ne fait que lancer de faux ballons pour tromper les gens en donnant de douteux aspects critiques qui ne le sont nullement. Rappelons-nous, le dictateur Mobutu était fort aimé et courtisé par la France, alors que le monde entier critiquait sa courte vue et son enrichissement personnel sans cause. giscard D´estaing a recu une plaquette de 120 carats de diamant de belle eau lors de son séjour au RDCongo de Mobutu, et c´était la premiére fois qu´un pays sous développé et pauvre offrait 300.000 dollars à l´époque pour secourir des innondés en France ! L´Afrique, c´est de l´or noir pour la France, et cela depuis des siècles ! A part cela c´est le pays des droits des hommes et des meilleurs amis de l´Afrique qui assistent en fermant les yeux pendant qu´on dépouillait et on pillait sans vergogne la veuve et l´orphelin africain ! Chapeau, vive la france des droits des hommes !

Musengeshi Katata
"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu"
www.realisance.afrikblog.com

Posté par Musengeshi Kat, mercredi 25 juin 2008 à 02:07

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