mardi 9 septembre 2008
La vérité confisquée par une poignée de voyous - Assafi Moustapha
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Le rapport de la LTDH, s’il
est un exercice louable pour justifier l’existence de cette organisation
mourante, part avec des insuffisances dès le départ. Malgré l’énoncé de la
méthodologie d’enquête en page 3 dernier §, il y a encore beaucoup de
rapportage de rumeurs dont le fondement n’était pas établi dès les premiers jours
des évènements. C’est pourquoi la LTDH elle-même semble douter de la
confirmation de nombre de faits corroborés par la commission officielle et la
capacité et l’indépendance de celle-ci en affirmant, page 21 : « Certaines d’entre elles [ADH], dont la LTDH,
ont décidé de prendre leurs responsabilités en [décidant] d’y participer afin
d’en tirer le maximum d’informations et d’éclaircissements auxquels les
tchadiens et la communauté internationale ont droit».
Tout est
dit : on affirme des choses qu’on ne maîtrise pas et on va plonger dans la
gueule du loup pour fouiner ? Seulement, cette stratégie bizarre et
opportuniste a son revers aujourd’hui : ces ADH sont parties prenantes à part
entière de ce rapport officiel et ne pourront se débiner quand les observateurs
l’auront suffisamment épluché et démantelé. On sait qu’il y avait de gros sous
en dessous : 700 Millions CFA de budget pour la commission et des membres
proches du pouvoir (le président lui-même d’ailleurs Me Djaïbé), parait-il. Les
faits relevés peuvent être classés grosso modo de la manière suivante : 1) les
faits purement militaires (combats et moyens utilisés), 2) les règlements de
compte, 3) les actes de vandalisme, et 4) les menaces réels ou supposées
ciblées.
Concernant
les faits militaires, le rapport pêche par disproportion en affirmant que « les nombreux morts et blessés… résultent
principalement des bombardements des hélicoptères des troupes gouvernementales…
». Les hélicos ont certes touché des cibles telles que la radio nationale, la
BEAC, le marché central principalement, amis dans la réalité vécue, les
destructions ont plus été opérées au sol par les milliers de badauds sortis de
tous les quartiers et profitant de l’avancée des rebelles pour tout ravager sur
leur passage. D’ailleurs ce sont les rebelles qui poussaient les civils au
pillage, en disant : « prenez tout,
il y a l’argent du pétrole ».
Malheureusement,
ces pillages se déroulaient sur les lignes de front alors que l’issue des
combats était incertaine. Ainsi, de nombreux civils ont péri, pris en tenailles
entre deux feux au moment des pillages. Le fait de stationner leurs véhicules
lourdement armés et de tirer sur les hélicos à proximité des habitations, les
rebelles ont eux-mêmes exposé la population civile aux tirs ratés des pilotes
mercenaires. Les règlements de compte, dont quelques faits ont été répertoriés
dans le rapport LTDH, ont montré l’ampleur du chaos et des ressentiments
prévalant après les 2 jours d’occupation rebelle : c’est entre personnes
connues (voisins véreux, parents jaloux) ou renseignées sur les pilleurs de
leurs biens. Beaucoup de militaires restés en civils aux quartiers (parce que
seuls les zagawa et les goranes combattaient!), sont sortis de leurs caches
après le retrait des rebelles et ont profité du désordre pour s’approvisionner
sur tout ce qui bouge. Les actes de vandalisme massif opérés d’abord par
les civils, ont été imités ensuite par les militaires mobilisés pour les
fouilles. Malheureusement, des voisins et innocents ont payé. Beaucoup ont fui
au Cameroun et en province pour avoir participé de manière trop flagrante au
vandalisme. Ces éléments n’ont pas été suffisamment soulignés dans leur ampleur
réelle par le rapport LTDH.
Concernant
les leaders des ADH « menacés », le rapport LTDH lui-même doute de ces
affirmations des intéressés en utilisant plusieurs fois l’expression « semble
». Ce qu’on sait à N’Djaména, c’est que les leaders des ADH avaient profité de
l’évacuation des étrangers pour obliger les forces françaises à les évacuer sur
de craintes et non de faits réels. Le cas de Dobian Assingar, dont le domicile
est situé dans la zone rouge allant du lycée Sacré-Cœur au domicile de Yorongar
sur l’avenue Kondol, soit environ 400 mètres où se sont déroulés des âpres
combats entre rebelles en grand nombre et forces loyalistes venant de la Cité
de l’Afrique en bordure du fleuve Chari. Sur cet axe, il y a beaucoup de
personnalités publics de tous bord, telles que Mme Virgo, Haroun Kabadi,
Général Gouara, et d’autres (dont moi-même). Plusieurs véhicules militaires ont
été détruits et les maisons riveraines ont souffert des impacts. Mme Virgo
était la plus exposée (proximité des combats) et pourtant elle est une proche
du pouvoir en place ! Personne n’a signalé à chaud des menaces contre Dobian
[et nous avions visité et encouragé sa femme à la maison abandonnée à
elle-même].
Affirmer
des choses fausses pour justifier un soutien de parrains extérieurs est contre
l’éthique des ADH ! La fuite précipitée de certains leaders des ADH dans la
panique collective et leurs déclarations hasardeuses et excessives sur les
médias occidentaux ont créé un malaise auprès de leurs collaborateurs restés
chez eux durant la période la plus chaude de février. Ce qui est par contre
vrai, ce sont les menaces contre les hommes de presse et contre Me Padaré qui
avait courageusement introduit une plainte au moment critique, en faveur du
PLD. Un personnage ombrageux et très zélé, Mr Doumngor, est l’un des
instigateurs de ce climat de terreur contre la presse en tant que Ministre de
la Communication et promoteur de l’ordonnance 5 assassine de la liberté de
presse.
Dans la liste des leaders des ADH cités en page 18, il y a manifestement un
bourrage car ni Massalbaye ni Lazare Djékourniga n’ont fui et Massalbaye était
le seul à se présenter à la délégation de Sarkozy arrivée précipitamment à
N’Djaména. On voir bien l’insuffisance de ce rapport dans la partie consacrée à
Dr Ibni où rien de nouveau n’est ressorti. Si les enquêteurs avaient bien travaillé,
ils auraient pu interroger des proches de Ibni pour donner des détails
plausibles sur son arrestation. Ces éléments sont la clé de l’énigme.
Malheureusement ni la LTDH ni la commission officielle n’ont fourni le bon
effort avec la bonne méthode pour coincer les auteurs. Il était donc impensable
que IDI et les vrais gérants de la situation répondent du concret aux
interrogations d’une commission officielle mise en place, financée et contrôlée
largement par eux.
On
pourrait accepter les recommandations du rapport, puisque la LTDH s’y remettait
totalement à la commission officielle ? Ce qu’on dirait en conclusion, tout ça
était une bonne distraction pour cercles d’initiés. Cela laisse un goût amer
sur la précarité de la situation des hommes publics au Tchad, comment on peut
se gausser de la naïveté de l’opinion et faire des manipulations sordides avec
des drames. Comment quelqu’un d’aussi important comme Dr Ibni peut disparaître
sans laisser de trace, et qu’on incrimine vaguement une institution, l’armée
qui n’existe pas pour faire bonne figure auprès de son chef qui avait affirmé «
s’occuper des opérations militaires sur le terrain » les 2 et 3 février
dernier. Si Lol Choua était pris sur « le champ de bataille » qui était
simplement son arrondissement de résidence, dans quelle autre zone « non
militaire » se trouvait Ibni pour ignorer tout royalement jusqu’à son terrible
sort ?
Vraiment
c’est un miracle que j’ai survécu moi-même durant ces évènements, quand je
réfléchis avec du recul. Je me dis même que Dr Ibni a payé pour tous les
leaders d’opinion pour qu’on continue encore à jouer ces comédies ! Courage à
Hicham son fils et à sa famille, on fera le vrai deuil quand la vérité
confisquée par une poignée de voyous sera dévoilée dans toute sa froideur.
Assafi
Moustapha
Am-Habilé
Tchad
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